Dans sa séance du 30/03/31, le conseil municipal de Toulouse, dirigé par le maire
socialiste Etienne Billères, réélu en 1929, décidait, ainsi qu'il l'avait annoncé
dans son programme électoral, la mise en oeuvre d'un "stadium populaire et d'une piscine d'été et d'hiver (1) " (ph 1) sur le site du Ramier du Château acquis par la ville en 1902, "au lieu de disperser ses efforts sur plusieurs points du territoire communal (2)"
. (ph 2)
Les attendus de cette délibération inscrivent bien cette réalisation dans le "municipalisme",
gestion attentive au développement des équipements socio-éducatifs et sportifs, qualifiant
depuis le début du siècle les programmes édilitaires de quelques grands maires, notamment
ceux qui étaient à la tête de municipalités progressistes :
"...La devise que nous pourrions adopter pour cette oeuvre est la suivante : air,
eau , lumière, éléments indispensables pour lutter efficacement contre la maladie
et donner au corps la robustesse et la grâce...(3) . (ph 3)
Le programme (4) comportait, pour une superficie totale de 31 hectares (ph 4) :
- un plateau de sport en plein air comprenant toutes les disciplines y compris la
pelote basque mais en privilégiant le rugby : trois terrains pour seulement un de
football et huit courts de tennis
- deux bassins d'été, un de compétition de 50m sur 16m pour 2000 spectateurs, et
un bassin d'agrément inauguré en 1931, de 150 m sur 50m, comportant une île avec "diverses cascades tombant d'une montagne de rochers (5)" (ph 5) . Une plage de sable fin de 6 m de large ceinturait tout le bassin car l'on pensait
alors qu'une exposition au soleil sur ce sable était excellente pour la santé. Ce
dernier bassin sera présenté aux toulousains comme devant être le plus grand d'Europe
- une piscine d'hiver, inaugurée en 1934, avec des gradins pour 800 spectateurs
et un vestiaire de 1000 cabines individuelles servant aussi pour les bassins en plein
air (ph 6); le même bâtiment comprenant aussi l'Institut d'Education Physique, une salle des
fêtes, un gymnase et une terrasse formant solarium (ph 7)
- un stade comportant 14 300 places assises et 15 200 debouts ainsi qu'une piste
cyclable de 450 m sur 12 m, une autre de courses pédestres de six couloirs; une première
inauguration aura lieu en 1939, les tribunes étant encore en construction.
L'importance de ce programme ne reçut pas l'agrément de toute la population : " la Ligue des Contribuables s'élève contre "cette plage de luxe pour le prolétariat
" (6).
En 1932, un projet d'ensemble du Parc des Sports présenté explicitement cette
fois et par les Charpentiers Toulousains et par l'architecte municipal J. Montariol,
proposait, outre un dessin plus convenu de la piscine d'hiver, l'ensemble des abords
des piscines et du stadium; le tout ceinturé par un mur de clôture de 2,50 m de haut
renforcé par un talutage intérieur avec les terres provenant des déblais, devant ainsi
"former digue de protection " contre les inondations. (ph 15)
L'ensemble de la composition est très académique : la mise en scène de la monumentalité
prime sur une disposition plus fonctionnelle des édifices. On trouve en effet embrochés
le long d'un axe majeur de composition : en guise d'entrée, une sorte de propylée
massive précédée d'un grand parvis (ph 16) - Armendary en donnera plus tard un desssin plus élégant (ph 17) -, puis un mail perpendiculaire à l'axe; le très grand bassin d'été (150m x 50m)
dans lequel se mire le blanc et trés symétrique parallélépipède de la piscine d'hiver;
enfin, aprés un autre mail préexistant, l"allée des Pins, légèrement oblique à l'axe,
l'entrée principale du "stadium", entrée elle-même monumentale quoique invisible depuis
l'entrée du Parc et seulement accessible à la suite d'un cheminement tortueux.
Lelong de cet axe seront aussi disposés la plupart des oeuvres d'art extérieures,
réservées à des artistes toulousains (Manau, Parayre (ph 18), Saint-Saens), un céramiste perpignanais, Riolet, (ph 19) étant toléré parcequ'homme du Midi. On retrouve là ce chauvinisme de la "petite patrie"
par lequel se constituait une artificielle école toulousaine, ainsi que l'expose Luce
Rivet-Barlangue (10)
Il faudra attendre la délibération du 26/06/1936 pour que soit approuvé par le
conseil municipal le projet de "stadium" (ph 20) présenté par J. Montariol, les travaux commençant en janvier 1938. (ph 21)
Une longue mise au point avait été nécessitée par l'étude du tracé de la piste cyclable
pour lequel Montariol fit appel à un spécialiste allemand de renommée internationale
et qui venait de réaliser l'anneau de Milan. Si l'on se remémore la popularité en
ces temps-là des sports cyclistes, on comprendra l'attention portée à ce tracé qui
de toute façon fut l'objet d'une polémique lors de son inauguration : un chroniqueur
sportif dans "La Dépêche du Midi" ne manqua pas de vanter la supériorité de la piste
que venait de réaliser la grande rivale de Toulouse, Bordeaux.
La forme générale de cet édifice évolua peu depuis sa première présentation : d'un
rectangle sommé de deux hémicycles, elle s'ovalisera trés légèrement pour s'adapter
à un meilleur tracé de l'anneau de vitesse, entraînant de ce fait un surcoût pour
les coffrages (ph 22). Un auvent, initialement en charpente métallique, couvre la totalité des tribunes,
la partie surplombant la piste étant en porte-à-fauxl.
L'enceinte extérieure, reposant sur un portique, était à l'origine rythmée par des
travées à proportion verticale marquées par des pilastres; ce qui n'était pas sans
rappeler l'ordonnance extérieure de l'amphithéatre romain (ph 4). Dans l'ouvrage définif, seul demeurera le portique (ph 23) et le marquage, aux deux extrémités du petit axe de l'ellipse, de l'entrée principale
et de l'entrée secondaire. L'ensemble est construit en béton armé et la réalisation
bien entendu confiée aux "Charpentiers Toulousains", devenus entre temps la "Société
des Grands Travaux du Sud-Ouest".
Malgré l'interruption du financement par l'Etat en novembre 1938, comme pour tous
les autres grands travaux en cours en France, la municipalité tint à ce que, en forme
d'inauguration, le Tour de France y fasse son arrivée le 19/07/1939. Durant la guerre
le chantier fut arrêté, d'autant qu'à partir de 1942 les troupes d'occupation cantonnèrent
dans l'enceinte du "Parc Toulousain".
La reprise des travaux fut adoptée au conseil municipal du 28/07/1945 que présidait
le maire socialiste J. Badiou et la même entreprise reprit le chantier, achevant les
gradins et réalisant l'auvent. L'architecture du projet définitif de J. Montariol
sera presqu'entièrement exécutée (ph 24); manque cependant la statuaire esquissée par l'architecte et que devait donner le
sculpteur Parayre, deux athlètes devant les deux pylones bornant l'entrée monumentale
et trois bas-reliefs de part et d'autre de cette entrée (ph 25) (ph 26).
Le Stadium restera en cet état jusqu'à la restructuration rendue nécessaire pour le
déroulement de la Coupe du Monde. On notera cependant la démolition en 1984 de l'anneau
de vitesse, remplacé par des gradins, et la substitution à la couleur blanche de l'enceinte
du stade, conforme à l'architecture art-déco, de plusieurs tons de beige selon ce
qu'édictait alors la palette des goûts municipaux.
Quant à la composition du "Parc Toulousain", non seulement la prolifération des bâtiments
de la Foire de Toulouse en ronge progressivement le dessin mais, depuis 1969, le prolongement
du pont Garigliano en superstructure, se substituant à l'allées des Pins et isolant
ainsi complètement le Stadium des piscines, en a détruitl'élément majeur du parti,
l'axe ordonnant l'entrée du Parc, les bassins et le stade.
1/ Bulletin Municipal - Délibération du 30-03-1931
2/ "Toulouse 1920-1940, la ville et ses architectes", CAUE de la Haute-Garonne, Ecole
d'Architecture de Toulouse - équipe PVP, "Hygiène et sports" P.Girard, J-L Marfaing
3/ Bulletin Municipal ibid.
4/ Archives Municipales 5M-223
5/ Archives Municipales 5M-222
6/ "Toulouse 1920-1940, la ville et ses architectes", ibid.
7/ "Les grands ensembles, études croisées, la Benauge à Bordeaux, Empalot à Toulouse"
P.V.P. BRA 1996
8/ Bulletin Municipal - Délibération du 22/02/1932
9/ Archives Municipales 5M-296
10/"Toulouse 1920-1940, la ville et ses architectes", "Arts et institutions" L.Rivet-Barlangue;
voir aussi le mémoire de maîtrise en histoire de l'art d'A-M Moulis "Le parc municipal
des sports"